Fatima Tabaamrant est une étoile au firmament de l'art poétique amazigh. Par ses chansons en awal amazigh, la langue noble de tous les Imazighen (Berbères), elle galvanise la culture plurimillénaire des habitants de l'Afrique du Nord, des Canaries et du Sahara. "Pourtant, sachez-le bien : je ne suis jamais allée à l'école !" lance-t-elle en éclatant de rire, avant de prononcer les vers d'un poème inédit : "J'ai trouvé des ardoises écrites - Je ne connais pas les lettres - Mais je sais les lire..."
Dans son regard, on lit la force de la résistance, l'endurance de la volonté, la douleur de la compassion alliée au feu de la passion. "Je ne viens pas d'une famille de musiciens. J'ai commencé à composer des poèmes à 13 ans. Le premier parlait de la vie d'un orphelin de mère." Un sujet qu'elle connais d'expérience : à la détresse d'avoir perdu sa mère à 3 ans s'ajoute celle des mauvais traitements de la seconde femme de son père. Mariée de force à 17 ans, elle s'enfuit au bout d'un mois. Deux ans plus tard, elle parvient à s'extraire de sa pesante famille grâce à la solidarité de femmes amies. La cause des femmes va devenir un thème central de son répertoire. "J'ai vécu à la campagne, où l'on empêche les filles d'aller à l'école pour les orienter vers des travaux pénibles : faire le ménage, aller chercher le bois, cultiver, moissonner... Si je consacre mes poèmes à la femme, c'est parce qu'elle est le c½ur et l'âme de la société. Or la société est comme un
corps : si son c½ur et son âme vont bien, le corps entier va bien."
La carrière professionnelle de Fatima commence en 1983 comme danseuse dans la troupe du Rays Jamaâ Hamidi. La danse ne lui plaît pas et elle rejoint Mohamed Belfkhikh, un rays (1) réputé avec qui elle chante ses propres chansons. "Mon premier album est paru en 1985, mais je n'ai formé mon groupe qu'en 1991." En 1994, elle illumine la scène de l'Opéra Garnier à Paris et dès lors sa carrière internationale ne cesse de se développer. L'engouement prodigieux suscité par Fatima Tabaamrant vient de sa capacité à créer une poésie en résonance avec le monde contemporain comme avec l'art ancien des rways (1). "Être artiste est une grande responsabilité, notre devoir étant de transmettre. J'essaye de montrer combien la culture amazighe est forte et essentielle pour les générations à venir."
Rayssa Fatima Tabaamrant : "Taghlaghat ou l'Écho de l'Atlas" (Institut du monde Arabe / Harmonia Mundi)



